Magnet River *

The Room of Fulfilled Dreams

Lettre a l’Agence Investa

[…]1 L’employée de votre bureau de Adolf Strasse, qui répond au nom de frau Killgaz, est venue le jour convenu pour récupérer les clés de l’appartement. A mon grand étonnement frau Killgaz a demandé d’enlever les papiers peints et a commencé à prendre en photo mon sac de voyage, comme pièce à conviction que l’appartement n’était pas vide à l’heure convenue.2 C’était étonnant, et mis a part l’absurdité de son zèle qui ne lui garantissait ni promotion ni augmentation de salaire, elle passait outre votre parole, dont elle semblait ne pas être au courant . Alors j’ai mis en doute ses compétences et je me suis adressé directement a vos bureaux d’Adolf Strasse, à Steglitz. J’ai été reçu par un autre de vos collègues à qui j’ai exposé l’affaire. Je lui ai remis les clés de l’appartement en lui expliquant que vu la difficulté de notre situation et la bonne mémoire que vous aviez pour mon père, vous nous aviez promis de nous laisser la remise sous les toits pour stocker les affaires de famille et des oeuvres d’art, le temps de trouver un autre lieu. J’ai dit à votre collègue que vers le mois de juin, je viendrai pour les enlever et il a noté mes cordonnées. Il se fait qu’il y a un mois, le jour même où je suis arrivé de l’étranger avec un camion pour faire le déménagement, un ancien collègue et ami de mon père a trouvé par hasard dans une benne à gravats un album de photos de notre famille! Il a contacté mon frère. Quand je suis arrivé sur les lieux avec Maxime Fedorowski, mon ami et collectionneur de l’avant-garde russe, nous avons constaté que la porte de la pièce où étaient les affaires a été forcée, la serrure remplacée et l’espace vidé. Le lendemain quand je me suis rendu au vos bureaux, d’abord on a essayé de me mettre a la porte physiquement, en me disant que j’empêchais vos clercs de travailler. Quand j’ai proposé d’appeler la police, on a consenti à m’expliquer que le contenu de la pièce a été vidée par une entreprise particulière, et que si je veux avoir une chance de communiquer avec leur agence je dois leur écrire. En sachant que les affaires de mon père, ses oeuvres et les oeuvres d’autres artistes ont était enlevées et mises a la décharge, sans que vous vous soyez donnés la moindre fatigue de nous écrire une lettre ou téléphoner pour nous prévenir. Puisque je n’arrive pas à imaginer que la valeur miserable du loyer de ce débarras puisse être si importante pour commettre un acte d’une telle violence, je me demande si les choses n’ont pas été enlevées pour être prises par quelqu’un, étant donné leur valeur, car il s’agit aussi des oeuvres produites en collaboration avec des artistes célèbres de votre propre pays, des artistes qui avaient un respect et amitié pour ma famille. Je suis étonné que dans un pays civilisé comme le votre, on puisse encore se livrer à des comportements pareils, à la destruction de la mémoire vivante et d’oeuvres d’art, à l’humiliation et le non respect des gens du moment ou leur profit est nul et il sont morts. Je ne peux imaginer que se sont des pratiques auxquelles on peut se livrer sans aucune crainte des sanctions, et sans aucun scrupule moral envers des gens qui reçoivent des dommages. Les cas sont deux: soit vous vous excusez personnellement et d’une manière convaincante en proportion de la valeur de ce que vous avez détruit, soit je devrai faire un recours aux instruments que la loi met à la disposition lors d’un cas pareil. Je dois cela a la mémoire de mon père, ainsi que vous même, vous lui devez beaucoup. […]

— J.S. Berlin, Steglitz. Juin 2007.

Le neveu de Kafka

Il baissa les yeux sur l’arrière du cadre, une étiquette collée dessus avec une écriture minuscule à l’encre noire. Il reconnut la main de Kafka.3 Pendant un an, Kafka avait habité dans cette maison, à Steglitz, au sud de Berlin. Tous les jours, il arpentait le lac comme Kafka l’avait fait. Il essaya de lire : Depuis que la création se refuse à moi et c’est le temps de me l’avouer, mon plan d’œuvre est une recherche autobiographique, non une biographie mais une recherche d’éléments aussi réduits et éloignés que possible. Lui aussi, pendant trop longtemps, comme un homme dont la maison est branlante, mais entière, essayait d’en construire une solide (si possible) à côté en se servant des matériaux de la première.C’était peut-être tout à fait bête, et la seule chose dont il avait peur, c’était que la force lui manque au milieu. Et alors, au lieu d’avoir une maison branlante mais entière, il aurait deux maisons à moitié détruites, c’est-à-dire rien. Il voyait suivre alors est une pure folie, qui ressemblerait à une danse de cosaque russe. Une danse entre les deux maisons, dans laquelle le cosaque gratte et déblaye la terre avec les talons de ses bottes. Dans le tas de gravats que cette activité produit, on trouve pêle-mêle aussi quelques choses intéressantes. Mais ce qui rendait les choses particulièrement pénibles, c’est que ces coups de griffe de son imagination, avec laquelle il remontait à la surface des segments entiers d’images, soulèvent une telle poussière de significations qu’elle rendait presque invisible toute progression sur le terrain vers l’objet, et l’objet lui-même devenait très vite un signe d’interrogation – où est-il ? Il pourrait se rabattre sur une improvisation plus ou moins brusque, comme un aveugle qui pique dans tous les sens, où tout risque de disparaître à tout moment écrasé par ses propres pieds et de rendre complètement caduque toute valeur ajoutée de ses efforts, bref, à chaque fois qu’il se mettait à la tâche, il était devant la page blanche, et à la fin de la journée, elle était complètement noire.

J.S, Steglitz, Berlin, 2006.

The Complicated Kingdom

La pièce était remplie du sol au plafond.4 C’était un cockpit d’un vaisseau, une cabine de camionneur de longue distance, mais d’un genre plus complet et beaucoup plus plein. Si je pouvais la télé-transporter dans un musée, et la reconstruire dans le moindre détail, comme Duchamp l’a fait pour Etant Donné, au musée de Philadelphie, mais je n’avais ni plan, ni force, ni musée, et même si le Grenier était vivant et gémissait sous le poids de l’histoire qu’il n’arrivait pas à digérer, celui qui regarderait dedans par un trou de serrure, ne verrait qu’un poids d’objets morts, l’âme vaporisée. L’ironie du sort a fait qu’un jour je me suis trouvé quand même… l’oeil collé au trou de serrure de la pièce du Grenier. Et comme l’autre a prévu, la vérité toute nue surgissait devant moi, mais cette fois-ci c’était la nudité pornographique de la pièce, avec son parquet en planche de cercueil, après le viol de la mémoire d’une famille par Killgaz et Kluth.

Cimetière de Steglitz, un an après: Quelque temps après je suis retourné chez le fou, pour travailler dans sa remise sur le monument.5 C’était une cabane ventrue en planches de sapin, qui s’affaissait sur la rue avec sa peinture marron foncée qui s’écaillait par plaques, une espèce de quincaillerie infernale – aussi vieille que Mathusalem – où on devinait dans la pénombre des harnais, du matériel agricole, des outils, des boîtes de peinture, des calendriers avec des filles, qui achevaient de se décolorer sur les murs. Des vitrines piquées de crottes de mouche présentaient un étalage d’engrais et de désherbants, des insectes morts gisaient en tas dans les coins, d’innombrables toiles d’araignée retenaient aux angles des murs des enseignes en carton à moitié déchiquetées, des outils, des conserves, de seaux de terre, d’innombrables calculatrices et postes radios éventrés, des piles de actes perforées et de papiers journal recouverts de schémas et de colonnes de chiffres gisaient çà et là, comme les formules d’une insondable activité. Pendant tout ce temps que je travaillais sur la pierre, il m’étudiait, la tête penchée sur le côté un fil de salive ininterrompu comme une antenne reliait le coin de sa bouche à la radio, dont il tournait pendant des heures la manette en bakélite entre ses énormes pouces et l’index, laissant s’échapper du haut parleur des rafales de sons indéchiffrables, tout en restant immobile, sans broncher, tel le gardien d’un portail par lequel il faisait sortir les âmes des défunts, en fonction de ses minutieuses statistiques.

J.S, Steglitz, Berlin, 2007.

Galactic Pot-Healer

Joe Farnwright6 n’était plus personne. Perdu au fond de sa mégalopole mondiale, il survivait grâce au souvenir d’un temps où son métier l’avait maintenu en vie. Lui, l’homme en miettes, il recollait les morceaux des céramiques brisées. Sous ses doigts, les œuvres d’art reprenaient vie – guérissaient, comme il aimait à se le répéter. Pour lui aussi c’était une réparation. Heureuse époque ! Désormais, plus personne ne voulait de lui ou de son talent. Et voilà qu’un jour, venu des profondeurs de l’espace, un être monstrueux ou divin lui demandait ses services dans la plus grande tâche jamais réalisée. Un exploit qui le sauverait de la noyade. Mais pouvait-il avoir confiance ? […]

[….] « Je crois percevoir votre problème . Vous devriez créer une poterie nouvelle, plutôt que de rafistoler les vieilles.» 7

« Mais mon père soignait les poteries avant moi » - s’étonna t-il.

« Voyez le succès des aspirations de Glimmung. Soyez son émule, faites comme lui, qui, dans son entreprise, a combattu puis défait le Livre des Kalendes et donc renversé la terrible tyrannie du destin. Soyez créatif. Refusez l’entropie. Essayez. »

Il répéta : « Essayer. » Il n’avait jamais pensé à cela, à produire un vase original, dépôt de sa créativité. Il possédait toutes les connaissances techniques nécessaires; il comprenait exactement comment naissait une pièce de céramique.

« Dans l’atelier installé par Glimmung », fit le gastéropode, « vous avez tout l’équipement et les matériaux pour réussir l’entreprise. Aidé de votre savoir et votre talent, vous ferez sûrement un très beau vase. »

« D’accord », lança t-il d’une voix dure. »

8« D’accord, je vais m’y mettre. Je vais essayer. » Il se tenait debout au milieu de l’atelier resplendissant, sous les plafonniers qui l’inondaient de lumière. Il observait l’établi principal, les trois waldoes, les loupes auto-convergentes, les dix aiguilles à fusion de toutes les tailles et surtout les multiples émaux, la série immense de teintes, coloris, nuances. L’aire antigravité reçut elle aussi son attention. Le four. Les jarres d’argile humide. Et la roue de potier au moteur électrique. L’espoir gonfla son cœur. Il n’avait besoin de rien d’autre. Roue, argile, émaux, four. »

Ouvrant une des jarres, il en tira une poignée d’argile grise dégoulinante, l’amena vers la roue qu’il mit en marche avant de placer le matériau gluant en plein milieu. Allons-y pour la première tentative, se dit-il plein d’entrain. De ses pouces solides il commença à fouiller la masse pendant que ses autres doigts pressaient pour redresser la matière en une colonne effilée virtuellement symétrique. Le monticule s’éleva de plus en plus haut et les pouces s’enfoncèrent toujours plus profond, pour évider le centre. Enfin la poterie fut terminée.

Il sécha l’argile dans un petit four à infrarouge et commença à appliquer les émaux. D’abord une couleur franche. Une autre? Il sélectionna une seconde nuance et ce fut tout. Le moment était arrivé d’utiliser le four principal  qu’il   avait  déjà  allumé  pour le réchauffer.

Il plaça avec soin sa création, reboulonna la porte et s’assit devant l’établi pour attendre.

Il avait le temps. Toute une vie, si nécessaire.

La sonnerie résonna une heure plus tard. Le four s’était éteint de lui-même; le pot était prêt.

Avec un gant en amiante, il sortit en tremblant le grand vase bleu et blanc. Sa première création. Il le transporta sur l’établi pour profiter de la lumière directe, et l’observa un long moment. D’un œil professionnel, il détermina la valeur artistique du pot, portant un jugement sur son travail, mais aussi sur ses possibilité futures. II voyait déjà les prochains vases. Ceux qui occuperaient le reste de sa vie. Ceux qui étaient sa justification. Pour qui il avait quitté Glimmung et tous les autres.  Mais surtout Mali. Mali son amour.

La poterie était ignoble.

DE L’ARCHITECTURE SAUVAGE

9 On sait que les situationnistes, pour commencer, voulaient au moins construire des villes,10 l’environnement qui conviendrait au déploiement illimité de passions nouvelles. Mais naturellement ce n’était pas facile;11 de sorte que nous nous sommes trouvés obligés de faire beaucoup plus. Et tout au long de ce chemin plusieurs projets partiels ont dû être abandonnés, un bon nombre de nos excellentes capacités n’ont pas été employées, comme c’est le cas, combien plus absolument et plus tristement, pour des centaines de millions de nos contemporains.

Asger Jorn, sur une colline de la côte ligure, a maintenant un peu modifié quelques vieilles maisons, et construit un jardin qui les rassemble. Quel commentaire plus paisible pourrait-il convenir? Nous sommes devenus célèbres, nous dit-on. Mais l’époque, qui ne connaît pas encore tous ses moyens, est aussi loin d’avoir reconnu tous les nôtres. Asger Jorn en a tant fait un peu partout que bien des gens ne savent pas qu’il a été situationniste plus que n’importe quoi d’autre, lui, l’hérétique permanent d’un mouvement qui ne peut admettre d’orthodoxie. Personne n’a contribué comme Jorn à l’origine de cette aventure : il trouvait des gens à travers l’Europe, et tellement d’idées, et même, dans la plus gaie misère, fréquemment de quoi amortir les plus criantes des dettes que nous accumulions dans les imprimeries. Les quinze années qui ont passé depuis la rencontre de Cosio d’Arroscia ont assez bien commencé à changer le monde mais pas nos intentions.

Jorn est de ces gens que le succès ne change pas, mais qui continuellement changent le succès en d’autres enjeux. Contrairement à tous ceux qui, naguère, fondaient leur carriérisme sur la répétition d’un seul gag artistique essoufflé, et contrairement à tous ceux qui, plus récemment, ont prétendu fonder leur qualité générale imaginaire sur la seule affirmation d’un révolutionnarisme total et totalement inemployé, Asger Jorn ne s’est jamais privé d’intervenir, même à la plus modeste échelle, sur tous les terrains qui lui étaient accessibles. Autrefois, il a été un des premiers à entreprendre une critique moderne de la dernière forme d’architecture répressive, celle qui à présent fait tache de mazout sur « les eaux glacées du calcul égoïste », et dont les tenants et les aboutissants peuvent donc être partout jugés sur pièces. Et dans cette habitation italienne, mettant une fois de plus la main à la pâte, Jorn montre comment, aussi sur cette question concrète de notre appropriation de l’espace, chacun pourra entreprendre de reconstruire autour de lui la Terre, qui en a bien besoin. Ce qui est peint et ce qui est sculpté, les escaliers jamais égaux entre les dénivellations du sol, les arbres, les éléments rajoutés, une citerne, de la vigne, les plus diverses sortes de débris toujours bienvenus, tous jetés là dans un parfait désordre, composent un des paysages les plus compliqués que l’on puisse parcourir dans une fraction d’hectare et, finalement, l’un des mieux unifiés. Tout y trouve sa place sans peine. Pour qui n’oublie pas les relations conflictuelles et passionnées, et par la force des choses restées assez distantes, des situationnistes et de l’architecture, ceci doit apparaître comme une sorte de Pompeii inversée : les reliefs d’une cité qui n’a pas été édifiée. De même que la collaboration d’Umberto Gambetta à tous les aspects de l’ouvrage y apporte, sinon le jeu collectif dont Jorn a exposé les perspectives pour le dépassement de la culture et de la vie quotidienne séparées, du moins son plus strict minimum.

Le Facteur Cheval, plus artiste, avait bâti tout seul une architecture monumentale; et le roi de Bavière eut de plus grands moyens. Jorn a ébauché, entre autres choses et en passant, cette sorte de village fâcheusement borné à la superficie d’une si petite « propriété privée »; et qui témoigne de ce que l’on peut commencer à faire, comme le disait un autre de ceux qui posèrent les bases du mouvement situationniste, Ivan Chtcheglov, avec un peu de temps, de chance, de santé, d’argent, de réflexion, (et aussi) de bonne humeur… (…)

Visual Style in Alexander Nevsky

12 One type of shot in the battle sequence: a shot framing one person in the foreground, while behind numerous spears or swords make very complex, moving geometric patterns while battling each other.

13 Russian’s clothes are dark, while the Germans’, except for a few black clad monks, have white garments. The Russian soldiers have circular shields, while the Germans’ clothes emphasize crosses. The Russian helmets are also round, while the Germans’ are more squared off. This gives a Russian circularity / German rectilinearity contrast to the film. The visual contrast also extends to modeling, and the geometric forms used by the clothes: the Russians tend to wear a lot of chain mail, both on their heads and their torsos. This chain mail tends to flow along the soldiers’ bodies, and mold themselves to their forms. This gives a constant curvature to the chain mail. It gives the chain mail a “biomorphic” form, one suggestive of the constant curvature of body parts. Such biomorphic forms play a prominent role in the abstract painting of the Dada-Surrealist-Abstract Expressionist tradition, being found in such artists as Duchamp, Arp, Miro, Masson, Matta, Gorky and De Kooning. This biomorphic curvature also relates to the circularity of their shields. Even the helmets of the Russians are not pure cones; instead, they form into elaborate curves that suggest the shapes of body parts. Many of the Russians also have elaborately curved beards. (Biomorphic forms appear unexpectedly in the curving architecture in Mizoguchi’s Street of Shame (1956).
By contrast, the Germans have clothes that suggest more purely geometric shapes. Their helmets look like truncated cones, and their white tunics seem to fall into austere forms that hide the shape of the bodies underneath. Their clothes fall into the tradition of Constructivism. The truncated cones of the German soldiers’ helmets recall the similar shapes out of which the Suprematist artist Kazimir Malevich made up many of his cubo-futurist paintings. The whole picture’s use of geometric forms in motion has a Suprematist feel.

Jean Mitry has pointed out, that while the German troops are always organised into strict geometric patterns, that the Russians are formed into irregular waves. This parallels their costume design.

There are some historical oddities in Eisenstein making the Russian heroes of his film biomorphic, and the German villains Constructivist. Biomorphism found its biggest adherents in a French-Swiss-American zone, whereas Constructivism was popular in the Northern region that stretched from the Low Countries (Holland, Belgium) through Germany, and on to Russia. So Constructivism was authentically Russian, whereas biomorphic abstraction was not.

All of the crosses on the Germans’ uniforms link them strongly with Christianity in particular, and religion in general. It seems clear from the film that Eisenstein hated both. Suprematism was not linked historically to Christianity, but it had a strong link to religion, especially Theosophy. Suprematist artists thought their work was an attempt to convey spiritual states to the viewer. The crosses on the helmets and cloaks of the Germans are not only Christian symbols. They also recall the many narrow, overlapping, elongated rectangles in the Suprematist paintings of Malevich. The way the crosses on the tunics are tilted at angles, recalls the many tilted rectangles in Malevich’s Suprematist work: it is perhaps Malevich’s archetypal image of those years. The way the crosses are displayed against the white background of the tunics also recalls Malevich’s paintings, which have similar white backgrounds.

—Michael E. Grost.

Traduit de l’ancien mongol

Mon imagination14 sont les décombres d’une ville.15 Toute sa décomposition, comme la réalité dans l’espace, possède des milliers de dimensions dures et tranchantes, squelette d’un mutant fossile.16 Il arrive qu’à l’intérieur ça fond, ça craque et se débat à nouveau, les fissures courent sur des kilomètres, des insectes, horloges disloquées, dépassent des fentes. Les oiseaux fuient les rives et tombent raides au milieu des lagunes, comme attirés par un aimant caché au fond des eaux. Fut-elle jadis une cité vivante, pleine de couleurs, de vie facile, aujourd’hui son histoire tourne autour de la lampe noire des mes rêves, tels des avions furtifs et des chauves- souris qui coupent de leurs ondes inactiniques la pénombre de ma chambre.17 Pauvre “je”, surchauffé par les usages stériles, rampe dans la jungle des mots et des choses, à la recherche d’un code pour faire rentrer un profil, poursuivi par l’intuition confuse, qu’à une longueur de bras, il peut y avoir aussi bien une chaise qu’un ravin. Autrefois mes rêves ont hanté des prodiges, reçu des mains de reines les secrets des équations, et leurs intimes mollesses blanches comme de la neige se promenaient sur les plages de mon existence. Autres fois j’ai été le portique des civilisations perdues, j’ai vu l’arrivée du premier livre en contrebande, les algues flottaient à la surface de mes fleuves, noircissures de l’éternité serpentaient autour des colonnes brisées et des mâts de pins superposés des isbas témoignaient de lointains naufrages.18 Les degrés de marches ne menaient qu’à des trônes renversés, et des bateaux sans voile, semblaient réveiller les cyclones dans leurs échafaudages. Fumées des camps laissées par des sorcières et les armées de pilleurs, se dressaient dans l’air comme des fantômes fragiles. Combien néfaste fut mon règne infecté de constructions inutiles aux frontières les plus éloignées du raisonnable fut la guerre dans mon château. Toujours trop proche, la rumeur vague des bagarres distantes, en marche des processions bruyantes passant éternellement sous mes fenêtres, des fêtes ou des enterrements.19 Mais point de poissons d’or dans mes bassins, pour réaliser mes désirs, sur les étagères blanches de « l’Intuition », (mon réfrigérateur), à la place des fruits frais, les accumulations du givre. Pas même, le vertige bâillant au dessus des arbres et des immeubles, le brouillard de céramique montant vers les astres, où des pilotes et d’autres habitants vivent heureux, pour endormir de ses couleurs d’émaux, le mystère congénital de ma conscience. Et toi Isis, la poignée en porcelaine noire tourne et s’ouvre comme une pupille, le temps s’arrête pour te laisser passer.

Traduit de l’ancien mongol par J.S., en 2009.

LE PROFIL DE CLIO

[…]20 Il est vrai que vu que le monde est apparu bien avant l’être humain, la vérité des choses, si elle existe doit être absolument inhumaine. Toute exploration de cette vérité est un exercice solipsiste, avec un effort variable d’intensité et d’application.Il est possible que les découvertes scientifique, qui témoignent des l’inconséquence de l’homme, sont finalement plus proche de cette vérité, que des conclusions des historiens modernes. Il est possible que l’invention de la bombe atomique en est plus proche de cette vérité que l’invention de pénicilline. Peut-être cela concerne aussi de toutes les formes de saloperies encouragées par les états et le profit, comme les guerres, la politiques de génocide, et où les mouvements nationaux ou pseudo-révolutionnaires. Sans avoir compris cela, l’histoire reste un espèce de safari absurde pour les historiens, qui aiment bien donner à leurs trophées une ressemblance humaine avec la prédestination divine ou scientifique. Tout en étant sujet de la science humaine, l’histoire ne devient pas plus humaine pour autant. Vous pouvez sauver votre peau, mais pas votre raison. Le philosophe idéaliste du 19e siècle pouvait se permettre de fuir l’intuition vers les interprétations plus rationnelles. Aujourd’hui on ne peut plus le faire. […]

— Iosif Brodski, 1991.


  1. En juin 2007, la porte de la pièce à Stinde Strasse, 1, Steglitz, Berlin, ou étaient stockées les affaires de la famille Susin, ainsi que des oeuvres en céramique destinées par Juli Susin et Jonathan Meese à être noyées dans un lac dans le cadre d’une performance autour de l’idée de trésors, a été forcée d’une manière criminelle par Frau Killgaz, l’employé de l’agence Investa situé à Adolf Strasse, Steglitz. L’ensemble du contenu a été déclaré par Investa comme des ordures, et jeté a la poubelle.

    capture-decran-2015-02-06-a-23.12.40 Stinde Strasse 1, Steglizt, Berlin, 2006


    jonathan_meese67 The Room of Fulfilled Dreams, Paris, 2012.


    investa Lettre de l’Agence Investa, Berlin, 2007. 

  2. Une série de volumes rescapés: 25 albums et livres de la famille Susin, renommés et augmentés de reliefs de céramique par Jonathan Meese et Juli Susin, chez Royal Book Lodge, 2009.


    _10The Room of Fulfilled Dreams, Royal Book Lodge, 2012


    jonathan-meese4The Room of Fulfilled Dreams, Royal Book Lodge, 2012


    013The Room of Fulfilled Dreams, Royal Book Lodge, 2012 

  3. Franz Kafka et Dora Diamont ont vécu à Berlin, Steglitz, entre 1923 et février 1924.

    capture-decran-2015-06-29-a-11.29.48

    Cher Max … j’ai honte de toujours répéter la même chose. Au vrai, cela tient principalement au fait que, lorsque je descends au Zoo, par exemple, je perds une grande partie de mon souffle, je me mets à tousser, je deviens encore plus craintif que d’habitude et je vois toutes les menaces de cette ville se liguer contre moi. En outre, ici, je tente de me protéger contre les tourments réels…. en ville, ce n’est pas possible; hier par exemple j’ai eu un violent accès de délire des chiffres…— Franz Kafka , Steglitz, Berlin. 

  4. Le 17 juin 2007 une brêche s’est ouverte dans l’architecture du temps.  Et dans la béance ainsi crée, tout le contenue de grenier fut engloutis par quelque chose de l’autre coté. Mais est ce que c’est la même béance par laquelle s’est manifesté cette effroyable entité qu’on devinaient dans l’apparition de ce coté de Frau Killgas et Herr Kluth. Qui sont ils , savent t’ils eux même? Sont ils seulement des pixels dans un interface de camouflage d’une chose très vaste pour laquelle n’existe pas de nom, et qui utiliserait un défaut de fabrication spécifiquement allemand pour se dissimuler.

    1988a


  5. La Zone est un système très compliqué de pièges si on peut dire. Et il sont tous mortels. Mais ce qui m’a particulièrement frappé c’est quand il a dit: “Je sais ce qui se passe ici en absence d’etre humain. Des que les hommes y font leurs apparition tout commence a bouger, les anciennes pièges disparaissent, les nouvelles font surface, les endroits sans danger deviennent impraticables, et le chemin devient ou très simple ou complètement embrouillé.  

  6. Extrait de Galactic Pot-Healer, de Philippe K.Dick. publié en 1980 en France sous le titre Le Guérisseur de cathédrales.

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    Joe Fernwright est un guérisseur de céramiques, sans doute le meilleur de la Terre. Malheureusement pour lui, il est au chômage car il ne reste plus aucune poterie à restaurer et plus personne ne songe à en fabriquer de nouvelles. Divorcé d’une femme autoritaire, Joe Fernwright songe sérieusement à mettre fin à ses jours lorsqu’une entité extraterrestre, le Glimmung, lui propose un travail. Pour Joe Fernwright, cette offre qui tombe à pic est une dernière chance et presque une rédemption de ses nombreux échecs. Wikipédia - Galactic Pot-Healer.  

  7. jonathan_meese_lettre-a-juli_susin jonathan_meese5 jonathan_meese

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  9. Extrait de texte de Guy Debord, écris en septembre 1972 en hommage a l’oeuvre de Asger Jorn, publié dans Jorn/ Le Jardin d’Albisola, a Turin. C’est ici en juillet 2006 nous avons présentés un exposition de sculptures en céramique Dr. Keramik dans Casa del Jorn.  

  10. asger_jorn7 Dr. Keramik, Casa del Jorn, Albisola, 2006.


    asger_jorn-6Dr. Keramik, Casa del Jorn, Albisola, 2006.


    asger_jorn111Dr. Keramik, Casa del Jorn, Albisola, 2006.


    asger_jorn1Dr. Keramik, Casa del Jorn, Albisola, 2006.


    jonathan_meese_making_off9 Dr. Keramik, Berin, 2006.


    jeanne-jonathan188 Dr. Keramik, Berin, 2006. 

  11. jonathan_meese719 Afiche Dr.Keramik. Albisola, 2006.


    ceramique_m.jorn091 Casa del Jorn, Albosola, 1993.


    asger_jorn2Donna Gambetta, Casa del Jorn, Albisola, 1993.


    asger_jorn5Umberto Gambetta, Casa del Jorn, Albisola, 1993. 

  12. La présentation de l’expostion Keramik Fog, chez Jean-Claude Binoche, par les soins de Maya de Rossi, octobre 2009, à Paris.


    jonathan_meese7187Keramik Fog, Paris, 2009.


    capture-decran-2017-02-15-a-17.01.06Keramik Fog, Paris, 2009.


    jonathan-meese1Keramik Fog, Paris, 2009.


    jonathan-meese-9Keramik Fog, Paris, 2009.

     

  13. meese_mak_off_atelier_albiso30Atelier Ernan & Pacetti, Albisola, Italie, 2009.


    juli1 Berlin, 1984.


    jonathan_meese77Atelier Ernan&Pacetti, Albisola, Italie, 2009.


    diaporama_juli013Islande, 2008.


    jonathan-meese-7 Atelier Ernan&Pacetti, Albisola, Italie, 2006.  

  14. jonathan_meese711

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  20. juli_susin

    Clio, Muse of Time,
    But for whose merciful silence
    Only the first step would count and that
    Would always be Mord…
    , W.H.Auden